4–6 minutes

Tu as sûrement déjà vécu cette situation : lumières tamisées, projecteur allumé, une longue succession de slides… et une énergie qui s’éteint peu à peu dans la salle. Ce que Thiagi appelle la Mort par Powerpoint n’est pas une caricature, mais une réalité encore fréquente en formation.

C’est précisément ce modèle que Thiagi remet en question depuis des décennies. Il se définit lui-même comme un savant fou de l’apprentissage : quelqu’un qui traite les sujets sérieux avec légèreté, et les jeux avec un immense sérieux.

Son ambition n’est pas d’expliquer mieux, mais de faire vivre des expériences d’apprentissage.

Dans une conférence donnée à l’Université de Namur en 2020, Thiagi présente les grands principes de la ludopédagogie, illustrés par de nombreux exemples concrets.

La règle des 4 minutes : engager avant d’expliquer

L’un des principes les plus marquants de Thiagi est simple, mais exigeant : si les participants ne sont pas en train d’agir dans les quatre premières minutes, la formation a déjà pris un mauvais départ.

Pour lui, trop expliquer avant de commencer tue le jeu.
L’action immédiate permet de :

  • réduire la peur de se tromper,
  • contourner la résistance intellectuelle,
  • installer un engagement naturel.

Tu n’as pas besoin de tout dire. Au contraire, laisser des zones d’incertitude nourrit la curiosité et donne envie d’aller plus loin.


Le mythe du budget : un jeu pédagogique peut coûter… presque rien

On associe parfois la formation ludique à des outils sophistiqués ou à des dispositifs coûteux. Thiagi défend une vision radicalement différente : un bon jeu pédagogique est simple, frugal et accessible.

Il travaille avec :

  • des feuilles de papier,
  • des doigts pour voter ou compter,
  • des objets trouvés sur place,
  • des dés ordinaires.

Ce minimalisme recentre l’attention sur l’essentiel : la structure de l’activité et la qualité des interactions, pas le matériel.


Jouer pour apprendre, pas juste pour “mettre de l’ambiance”

Ici, Thiagi pose une limite claire. Le jeu n’est pas là pour divertir à tout prix.
Un jeu pédagogique efficace répond à quatre critères fondamentaux :

  1. Factice : le jeu crée un cadre sécurisé, distinct de la réalité.
  2. Contrôlé : des règles structurent volontairement l’action.
  3. Clôturé : le jeu a une fin, un moment de conclusion.
  4. Imprévisibilité : un ingrédient essentiel pour maintenir l’intérêt et l’engagement.

Si le jeu ne sert pas directement l’objectif d’apprentissage, il devient accessoire.
La ludopédagogie, dans cette approche, reste au service du contenu, jamais l’inverse.


S’adapter à son public : mots, cadres… et règles

En formation professionnelle, le mot jeu peut parfois bloquer. Thiagi contourne cet obstacle par ce qu’il appelle le camouflage sémantique.
Le même dispositif peut être présenté comme :

  • une technique d’aide à la décision,
  • une méthode d’analyse collective,
  • un système de simulation.

Le fond ne change pas, seul le cadre rassure.

Autre principe clé : les règles ne sont pas figées.
Si l’énergie baisse ou si le groupe évolue, tu peux ajuster les règles en cours de route. Cette souplesse maintient l’attention et soutient l’engagement.


Le « Game Game » : improviser pour mieux apprendre

Thiagi affirme ne jamais animer deux fois un jeu de la même manière.
Cette logique d’improvisation repose sur une idée forte : le jeu est un cadre vivant, pas un protocole rigide.

Dans certains exemples, il crée des situations narratives à partir de simples dés pour travailler l’expression orale. L’enjeu n’est pas la perfection linguistique, mais la confiance, le rythme et l’aisance.

Le jeu devient alors un moyen puissant de désamorcer la peur de l’erreur, très présente chez les apprenants adultes.

Les jeux-cadres de Thiagi : le socle de ma pratique en formation d’adultes

Si cette approche me parle autant, c’est aussi parce que je suis une grande fan des jeux-cadres de Thiagi. Ce sont eux qui ont profondément structuré ma manière de concevoir et d’animer des formations pour adultes.

Les jeux-cadres ont cette force particulière :
ils ne transmettent pas un contenu clé en main, ils créent un cadre dans lequel l’intelligence collective peut émerger. Ce sont des structures simples, adaptables, qui permettent aux participants de réfléchir ensemble, de confronter leurs points de vue, de tester des hypothèses et de construire du sens à plusieurs.

Dans cette logique, le rôle du formateur change profondément. Il ne s’agit plus d’occuper l’espace par le savoir, mais d’adopter une posture de facilitation de l’apprentissage :

  • poser un cadre clair,
  • lancer la dynamique,
  • observer,
  • ajuster,
  • puis aider le groupe à mettre des mots sur ce qui a été vécu.

C’est aujourd’hui ma méthode clé en formation d’adultes.
Les jeux-cadres me permettent de travailler aussi bien des sujets complexes que des compétences transversales, tout en valorisant l’expérience, les savoirs et les questionnements des participants. Le jeu devient alors un véritable outil de pensée collective, au service des apprentissages.

Si cette approche te parle et que tu as envie d’aller plus loin, j’ai détaillé la méthode de Thiagi dans un article publié dans ma revue LudiLundi.

Le titre — laisser les fous gérer l’asile — est une phrase que Thiagi aime à prononcer lors de ses interventions. Elle traduit une idée clé de la posture : accepter une part de désordre apparent pour permettre l’émergence de véritables apprentissages.

👉 L’article est à lire ici :
https://soniamanginalegriagogia.substack.com/p/laisser-les-fous-gerer-lasile-la

Il complète la vidéo présentée plus haut en apportant une grille de lecture structurée et des repères concrets pour intégrer la ludopédagogie dans des contextes de formation variés.

Conclusion – Oser faire un pas de côté

La ludopédagogie selon Thiagi n’est pas une recette clé en main. Elle invite plutôt à changer de posture : passer du contrôle à la facilitation, de l’explication à l’expérimentation, du plan figé à l’adaptation continue.

En plaçant l’action avant le discours et l’objectif pédagogique avant le simple plaisir de jouer, le jeu retrouve sa fonction première : permettre aux apprenants d’essayer, de se tromper, d’ajuster… et d’apprendre réellement.

La question finale reste volontairement simple, presque dérangeante :
si tu devais transformer ton prochain concept complexe en une activité de quatre minutes, par quoi commencerais-tu ?

Par un objet banal, une règle imparfaite, une situation volontairement incomplète ?
C’est souvent là que commencent les apprentissages les plus durables.