#OpenSeriousFilters : 7 filtres pour analyser un jeu sérieux pédagogique en formation d’adultes

#OpenSeriousFilters : 7 filtres pour analyser un jeu sérieux pédagogique en formation d’adultes

3–5 minutes

Tu utilises déjà la ludopédagogie en formation ?
Ou tu envisages d’intégrer un dispositif ludique dans un parcours de formation d’adultes ?

Avant de choisir un jeu (ou d’en concevoir un), une question essentielle se pose :

👉 Sert-il réellement ton objectif pédagogique ?

La méthode #OpenSeriousFilters, conçue par Alexandre Quach, propose un cadre structuré pour analyser, sélectionner ou améliorer un jeu sérieux pédagogique.

C’est un outil simple, collaboratif et puissant pour sécuriser tes choix en ingénierie pédagogique.


Un jeu sérieux pédagogique : quelle intention en formation d’adultes ?

Un jeu sérieux pédagogique ne se limite pas à créer de l’interaction.

Son intention doit être clairement formulée :

  • développer une compétence,
  • favoriser l’analyse,
  • entraîner à la prise de décision,
  • faire évoluer des pratiques professionnelles.

Prenons exemple sur #OpenSeriousFilter. Son objectif est d’apprendre à décider du choix d’un jeu sérieux (ou de ne pas en utiliser), de comprendre les résistances possibles et de partager les usages.

👉 L’intention est donc bien pédagogique.

En formation d’adultes, cela change tout :
on ne joue pas pour jouer.
On joue pour apprendre, transférer, transformer.


Les 7 filtres : un outil pour choisir un jeu sérieux en formation

Les 7 filtres sont présentés sous forme de cartes-question.

Durée : environ 1h30 à 2h pour une exploration complète
Public cible : professionnels déjà familiers des jeux sérieux

Tu choisis un jeu sérieux pédagogique (réel ou en projet).
Puis tu explores chaque filtre avec ton équipe.

Pas de compétition.
Pas de score.
Uniquement une réflexion structurée.


Les 7 filtres expliqués pour la formation d’adultes

Voici comment les utiliser concrètement.

1️⃣ Définir les objectifs pédagogiques

  • Quel problème de formation justifie ce jeu ?
  • Quelle compétence adulte est visée ?
  • Dans quels cas ne faut-il pas l’utiliser ?

En formation d’adultes, la clarté de l’objectif est déterminante.

2️⃣ Clarifier les compétences mobilisées

  • Analyse ?
  • Coopération ?
  • Décision ?
  • Argumentation ?

Ce filtre t’aide à aligner le jeu sérieux pédagogique avec ton référentiel de compétences.

3️⃣ Examiner le transfert vers la réalité professionnelle

  • Quelles similarités avec le terrain ?
  • Les comportements travaillés sont-ils transférables ?
  • Le débrief permet-il d’expliciter les apprentissages ?

En formation d’adultes, le transfert est central.

4️⃣ Évaluer le coût de préparation

  • Temps nécessaire
  • Taille idéale du groupe
  • Prérequis
  • Variantes possibles

Un jeu sérieux en formation doit rester viable dans ton contexte.

5️⃣ Anticiper les conditions de séance

  • Risques de résistance ?
  • Freins à la participation ?
  • Ajustements possibles ?

Les adultes arrivent avec une expérience, des croyances, parfois des réticences.

Ce filtre te permet de les anticiper.

6️⃣ Prévoir le débrief et le suivi

Un jeu sérieux pédagogique sans débrief structuré perd de sa puissance.

Questions clés :

  • Comment ancrer les apprentissages ?
  • Comment mesurer l’évolution ?
  • Quelles suites pédagogiques prévoir ?

7️⃣ Optimiser l’engagement

Un jeu sérieux en formation doit être exigeant… sans perdre l’énergie.

  • Qu’est-ce qui rend l’activité engageante ?
  • Pour quels profils fonctionne-t-elle le mieux ?
  • Comment ajuster l’équilibre entre ludique et apprentissage ?

Pourquoi utiliser les 7 filtres en ingénierie de formation ?

Parce que cet outil permet :

  • de sécuriser le choix d’un jeu sérieux pédagogique,
  • d’améliorer un dispositif existant,
  • d’éviter l’effet “animation sympa mais creuse”,
  • de structurer la conception d’une formation ludique,
  • de prendre une décision pédagogique argumentée.

Et parfois, la conclusion sera simple :

👉 Ce module ne nécessite pas de jeu sérieux.

Et c’est une décision tout aussi professionnelle.


Comment l’intégrer dans ta pratique de formateur ?

Tu peux utiliser les 7 filtres :

  • en formation de formateurs,
  • en réunion d’équipe pédagogique,
  • en conception de module,
  • en analyse post-session,
  • en amélioration continue.

C’est un outil qui structure la réflexion collective et affine ta posture d’ingénierie pédagogique.


Une ressource libre d’utilisation

Le jeu #OpenSeriousFilters est proposé sous licence Creative Commons Zero (CC0), ce qui signifie que tu peux l’utiliser, l’adapter et le partager librement dans tes dispositifs de formation

Pour un formateur ou une équipe pédagogique, c’est un vrai avantage :

  • pas de contrainte de licence,
  • possibilité d’adapter les cartes à ton contexte,
  • intégration facile dans une formation d’adultes,
  • réutilisation en formation de formateurs.

Tu peux donc t’en servir comme outil d’analyse, de conception ou d’amélioration… en toute liberté.

En résumé

Si tu conçois des parcours en formation d’adultes
si tu utilises un jeu sérieux pédagogique
si tu veux choisir un jeu sérieux en formation avec discernement

Les 7 filtres constituent une ressource claire et opérationnelle .

Ils ne donnent pas “la bonne réponse”.
Ils t’aident à poser les bonnes questions.

Et en pédagogie, c’est souvent là que tout commence.

👉 Lien vers la ressource :
https://openseriousgames.org/les-7filtres-serious-game-master-class/

Le processus d’apprentissage ludique selon Lisa K. Forbes

Le processus d’apprentissage ludique selon Lisa K. Forbes

6–9 minutes

Et si, au lieu de t’expliquer pourquoi le jeu forme, je t’invitais à découvrir comment, dans les pas de Lisa K. Forbes ?

Dans une étude menée auprès d’étudiants de master, Forbes montre que le jeu ne constitue pas un simple supplément agréable. Il déclenche un enchaînement structuré : une attitude ludique favorise un climat de sécurité, qui réduit les barrières à l’apprentissage, active des émotions positives, installe une posture d’engagement… et conduit à des apprentissages plus profonds et durables.

Autrement dit, l’apprentissage par le jeu repose sur un processus identifiable, cohérent et reproductible.

Dans cet article, tu vas découvrir :

  • les 6 étapes du modèle de Lisa K. Forbes
  • le rôle central de l’attitude du formateur ou de la formatrice
  • comment la pédagogie ludique agit concrètement sur la motivation et l’engagement
  • des exemples applicables à tes propres formations

L’objectif n’est pas de débattre pour savoir si le jeu est sérieux.
Il est de comprendre comment le ludique soutient l’apprentissage, étape après étape.


Étape 1 – Adopter une attitude ludique

Dans ce processus, tout commence par un geste apparemment minuscule : ton attitude. Je commence toujours mes séances de formation par un sourire. Le sourire a cet effet presque magique de provoquer un sourire en retour, de détendre les visages, de dire sans mots : « Tu es le bienvenu ici, on va faire quelque chose de sérieux… mais on a le droit d’y prendre du plaisir. » C’est déjà une attitude ludique : une manière de te présenter comme formateur ou formatrice accessible, humain·e, prêt·e à partager un moment, pas seulement à délivrer un contenu.

Tu peux t’appuyer sur cette idée pour questionner ta propre posture :

  • À quoi ressemble mon visage quand les apprenants entrent dans la salle ?
  • Est‑ce que je laisse transparaître le plaisir que j’ai à être là avec eux ?
  • Quel « premier signal » je donne : tension ou disponibilité, distance ou curiosité ?

Ce sourire répété, cette attitude ouverte, deviennent le socle sur lequel les apprenants vont se sentir assez en confiance pour entrer vraiment dans le jeu… et dans l’apprentissage.


Étape 2 – Installer une sécurité relationnelle

Ton sourire ouvre une sécurité relationnelle qu’il convient de prolonger. À partir de là, tout l’enjeu est de faire sentir aux apprenants qu’ils entrent dans un environnement chaleureux et humaniste, où chacun a une place, où l’on appartient à une communauté plutôt qu’à un simple groupe anonyme. Cette sécurité, c’est ce qui permet à la confiance de s’installer : confiance en toi comme formateur ou formatrice, mais aussi confiance dans le groupe et en sa propre légitimité à participer.

Une façon très concrète de nourrir ce sentiment d’appartenance est de visualiser le groupe comme un réseau vivant, et pas seulement comme une liste de prénoms. L’activité « réseau social de papier » s’y prête très bien : chaque participant crée une petite « fiche profil » (comme sur un réseau social), la colle sur une grande feuille, puis trace des liens vers les personnes qu’il connaît déjà ou avec qui il se sent en lien.
En quelques minutes, le mur se transforme en carte des relations : on voit apparaître des connexions, des points communs, des personnes‑ponts. Chacun se voit relié aux autres, ce qui renforce très concrètement le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance dans le collectif.


Étape 3 – Faire tomber les barrières à l’apprentissage

Même dans un cadre chaleureux et sécurisant, beaucoup d’apprenants arrivent avec leurs propres barrières : peur de se tromper, crainte d’être jugés par le groupe, impression de « ne pas être au niveau », fatigue mentale… Le ludique va t’aider ici à desserrer ces freins, doucement, en faisant passer le groupe d’un mode « défense » à un mode « exploration ». L’idée n’est pas de nier ces barrières, mais de les rendre moins intimidantes, plus partageables, presque « jouables ». Par exemple déplacer le regard : au lieu de se focaliser sur « ce qui pourrait rater », tu les aides à se demander « qu’est‑ce que je m’autorise pour réussir ? ».

Cette question n’a de sens que parce qu’un cadre sécurisant a d’abord été posé et validé avec le groupe, voire même co-construit avec lui.


Étape 4 – Activer les émotions positives et la motivation

Quand les barrières tombent, le ludique peut vraiment jouer son rôle de carburant émotionnel. À cette étape, il s’agit de faire naître des émotions positives -plaisir, curiosité, fierté, enthousiasme – qui donnent envie aux apprenants d’être là, de participer, de persévérer. Ce n’est pas « faire du fun pour faire du fun », c’est créer des petits moments de joie partagée qui rendent l’effort d’apprentissage plus accessible.

Tu peux viser des micro‑moments très simples : un éclat de rire collectif, un défi relevé ensemble, la satisfaction de réussir une énigme. Ces émotions positives nourrissent la motivation intrinsèque : on n’agit plus seulement pour la note, la certification ou le regard du formateur, mais parce qu’on a envie de jouer le jeu de l’activité et de comprendre ce qu’elle permet de découvrir.


Étape 5 – Installer une posture d’engagement

C’est là que tu commences à observer l’engagement. Plusieurs indices te le prouvent : les apprenants posent des questions pour comprendre, réagissent entre eux, proposent des idées, acceptent de se lancer dans une activité même s’ils ne sont pas totalement à l’aise. Ils ne « consomment » plus la formation, ils y prennent part.

Dans la logique du modèle de Lisa K. Forbes, cet engagement n’est pas qu’une participation plus fréquente : il est qualitatif. Les apprenants mobilisent plusieurs façons d’apprendre (parler, écrire, réfléchir en groupe, imaginer des situations, parfois jouer une scène), ce qui active différents circuits d’apprentissage. Ils prennent de petits risques (partager une idée incomplète, tester une nouvelle façon de faire), restent ouverts aux retours, ajustent, reviennent essayer. Le ludique sert de cadre protecteur pour expérimenter tout cela sans que l’erreur ponctuelle remette en cause leur valeur ou leur légitimité.


Étape 6 – Ancrer des apprentissages plus profonds

C’est ici que le processus se concrétise. Tout ce que tu as mis en place se traduit enfin en apprentissages plus profonds : les apprenants comprennent mieux, mémorisent plus longtemps et transfèrent plus facilement ce qu’ils ont vécu dans leurs contextes réels. Ils ne gardent pas seulement le souvenir d’un « bon moment », mais celui d’expériences qui leur servent de repères pour agir.

Tu le repères quand ils sont capables de reformuler une notion avec leurs mots, de l’illustrer par un exemple de terrain, ou de s’appuyer dessus pour résoudre une nouvelle situation, parfois bien après la formation. Le ludique agit alors comme un ancrage : l’expérience marquante, l’émotion, la situation jouée deviennent des repères sur lesquels viennent se rattacher les concepts. C’est exactement ce que décrit le modèle de Forbes : un chemin où le jeu n’est pas à côté de l’apprentissage, mais au service de sa profondeur.


Un coup d’œil au processus complet

À ce stade, tu as découvert chaque marche séparément ; il est temps de les rassembler pour voir comment elles s’enchaînent. Le schéma du processus d’apprentissage ludique permet justement de visualiser ce chemin vertueux, de ton attitude jusqu’aux apprentissages profonds. Il t’aide à repérer où tu agis déjà… et où tu peux encore renforcer ton approche.

Dans ce schéma, chaque étape nourrit la suivante :

  1. Ton attitude ludique ouvre la porte.
  2. Elle soutient une sécurité relationnelle où chacun se sent à sa place.
  3. Ce cadre sécurisant autorise le droit à l’erreur et la reconnaissance de ses limites.
  4. Le ludique active alors des émotions positives et une motivation plus profonde.
  5. Tout cela installe une posture d’engagement où les apprenants osent expérimenter.
  6. L’ensemble se concrétise en apprentissages plus profonds et durables.
Processus d'apprentissage ludique selon Lisa K. Forbes (librement traduit de l'anglais).
Lisa K. Forbes. Processus de l’apprentissage ludique. Traduction libre

Pour aller plus loin

Si tu as envie de creuser au‑delà de cette première exploration du processus d’apprentissage ludique, tu peux t’appuyer sur quelques ressources clés :

  • FORBES, Lisa K., 2021. « The Process of Play in Learning in Higher Education: A Phenomenological Study ». Journal of Teaching and Learning, vol. 15, n° 1, p. 57‑73.
    L’article de base qui inspire tout ce parcours : Forbes y décrit finement le vécu des étudiants, les étapes du processus (sécurité, barrières, émotions, engagement, apprentissages) et donne de nombreux verbatims.
    Lien : https://files.eric.ed.gov/fulltext/EJ1303477.pdf
  • FORBES, Lisa K. et THOMAS, David, 2022. Professors at Play PlayBook : Real-world Techniques from a More Playful Higher Education Classroom. Pittsburgh : ETC Press, Carnegie Mellon University.
    Un ouvrage très concret, rempli d’exemples d’activités ludiques, de retours d’expérience et d’outils pour rendre tes cours plus joueurs sans perdre en exigence.
    Lien : https://professorsatplay.org/playbook/

Nouveauté : un tutoriel interactif pour créer des codes numériques avec Digilock

Nouveauté : un tutoriel interactif pour créer des codes numériques avec Digilock

Après le TutoLudo du cahier de vacances pédagogique, la série TutoLudo reprend du service.

Au programme : un tutoriel gratuit qui te guide pas à pas dans la création de code numériques à l’aide de Digilock.
Digilock est une application gratuite de la suite La Digitale qui te permet de créer et partager 15 cadenas différents, des plus classiques aux plus exceptionnels.

Par exemple, ouvrir ton trésor en décodant la mélodie qui ouvre le coffre.

De quoi pimenter ton parcours pédagogique en intégrant un défi comme activité pédagogique ludique.

Commence ton parcours en un clic.

[TutoLudo] Créer un code numérique avec DigiLock

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Le prochain TutoLudo est déjà en cours de conception : Créer un quiz interactif et ludique avec QRuiz. A très vite !

Entraîner son cerveau comme un muscle : sortir de la routine pour mieux apprendre

Entraîner son cerveau comme un muscle : sortir de la routine pour mieux apprendre

3–5 minutes

Quand un article de Gus&Co m’engage dans une séance de musculation du cerveau, je sais que je ne vais pas juste survoler le sujet.
Son titre est explicite : « Pour votre cerveau, poussez de la fonte (et du pion) ».
Derrière cette accroche, un relais d’un article plus fondamental encore, signé par Joanna Fong-Isariyawongse, professeure de neurologie, publié dans The Conversation .

Ces travaux s’inscrivent dans le champ de la neuroéducation, qui étudie les liens entre le fonctionnement du cerveau et les conditions d’apprentissage.

Le message central est clair : le cerveau n’est pas figé. Et contrairement à certaines croyances bien ancrées, la routine ne le renforce pas. Elle le maintient tout au plus en fonctionnement automatique.


Le cerveau n’est pas figé : une croyance qui ne tient plus

Pendant longtemps, on a pensé que la plasticité cérébrale était réservée à l’enfance.
Les recherches actuelles montrent l’inverse : le cerveau adulte continue de se remodeler tout au long de la vie, à condition d’être sollicité de la bonne manière .

Comme un muscle, il répond à trois leviers fondamentaux :

  1. le défi (l’entraînement),
  2. le repos (la récupération),
  3. le mouvement (la nutrition au sens large).

C’est précisément cette analogie que développe l’article source : soulever toujours le même poids finit par ne plus produire d’effet. Pour le cerveau, c’est exactement pareil.


1. L’entraînement : le défi de la nouveauté

La nouveauté force le cerveau à s’adapter.
Apprendre une nouvelle compétence, changer de stratégie, explorer un terrain inconnu… tout cela crée de nouvelles connexions neuronales.

Les études citées montrent que :

  • répéter une routine entretient l’existant,
  • le défi cognitif, lui, construit.

Apprendre une langue, une danse, un instrument, ou même changer volontairement ses habitudes quotidiennes sollicite l’attention, la mémoire et la résolution de problèmes. C’est dans cette zone d’inconfort léger que la neuroplasticité s’exprime pleinement .


2. La récupération : le repos comme condition de l’apprentissage

C’est souvent l’étape qu’on oublie.

La fatigue neuronale n’est pas qu’une sensation subjective. Les données en imagerie cérébrale montrent qu’un cerveau sursollicité ralentit, commet plus d’erreurs et devient plus impulsif .

Le sommeil joue ici un rôle central :

  • il permet l’élimination des déchets métaboliques,
  • il restaure les ressources énergétiques,
  • il consolide les apprentissages, notamment pendant le sommeil paradoxal.

Sans repos, il n’y a pas de progression. Exactement comme en musculation.


3. Bouger pour nourrir le cerveau

Troisième levier, souvent réduit à un bonus : l’activité physique.

Or, l’exercice augmente la production de BDNF (brain-derived neurotrophic factor), une protéine qui favorise la croissance et la consolidation des connexions neuronales .
Il améliore aussi la circulation sanguine cérébrale et réduit l’inflammation.

Autrement dit : bouger nourrit littéralement le cerveau.


Ce que cet article bouscule vraiment

Ce que je trouve le plus marquant, ce n’est pas tant la métaphore du muscle — déjà connue — que ce qu’elle implique concrètement :

  • la routine rassure, mais elle n’entraîne pas ;
  • l’inconfort modéré est un signal d’apprentissage, pas un problème ;
  • le repos et le mouvement ne sont pas des options, mais des conditions.

À mon avis, il y a au moins deux leviers qu’on oublie souvent dans nos pratiques de formation et d’apprentissage :
le repos… et le corps.

Tu ne crois pas ?


Et maintenant ?

Cette infographie synthétise ce que j’ai retenu de l’article : le cerveau progresse moins par la routine que par un équilibre entre nouveauté (défi), repos (récupération) et mouvement (activité physique). Trois leviers complémentaires, faciles à lire… et parfois plus difficiles à appliquer au quotidien.

Infographie : entraîner le cerveau comme un muscle grâce à la neuroplasticité, avec trois leviers — entraînement par la nouveauté, récupération par le sommeil, nutrition/activité physique.

Pour prolonger la réflexion :


En pratique : faire des pauses qui soutiennent l’apprentissage

Après une activité qui sollicite fortement l’attention ou la réflexion, le cerveau a besoin de récupération.
Mais en formation, la pause ne peut pas être une sieste : elle doit soutenir l’apprentissage sans casser la dynamique.

Des pauses courtes et ciblées permettent de :

  • relancer l’attention,
  • limiter la fatigue cognitive,
  • consolider ce qui vient d’être appris.

En pratique, il s’agit de choisir la bonne pause au bon moment : pause cognitive pour se recentrer, pause énergétique pour réguler l’énergie du groupe, ou pause créative pour relâcher la pression tout en laissant le cerveau continuer son travail en arrière-plan.

👉 Pour passer de l’intention à l’action, j’ai créé des pauses prêtes à l’emploi. De quoi transformer un temps souvent sous-estimé en levier actif d’apprentissage, sans ralentir la formation.

Les leçons de ludopédagogie de Sivasailam Thiagarajan (Thiagi)

Les leçons de ludopédagogie de Sivasailam Thiagarajan (Thiagi)

5–7 minutes

Tu as sûrement déjà vécu cette situation : lumières tamisées, projecteur allumé, une longue succession de slides… et une énergie qui s’éteint peu à peu dans la salle. Ce que Thiagi appelle la Mort par Powerpoint n’est pas une caricature, mais une réalité encore fréquente en formation.

C’est précisément ce modèle que Thiagi remet en question depuis des décennies. Il se définit lui-même comme un savant fou de l’apprentissage : quelqu’un qui traite les sujets sérieux avec légèreté, et les jeux avec un immense sérieux.

Son ambition n’est pas d’expliquer mieux, mais de faire vivre des expériences d’apprentissage.

Dans une conférence donnée à l’Université de Namur en 2020, Thiagi présente les grands principes de la ludopédagogie, illustrés par de nombreux exemples concrets.

Avant d’entrer dans le détail, je te propose une vue d’ensemble.
Dans sa conférence à l’Université de Namur, Sivasailam Thiagarajan partage six conseils clés pour concevoir des jeux pédagogiques efficaces et engageants.

L’infographie ci-dessous en propose une lecture synthétique. Elle ne remplace pas l’expérience du jeu, mais elle permet de visualiser rapidement les grands principes qui structurent sa démarche.

Dans la suite de l’article, je reviens sur chacun de ces conseils pour les mettre en perspective, les relier à ma pratique de la formation d’adultes, et montrer comment ils peuvent s’incarner concrètement sur le terrain.

La règle des 4 minutes : engager avant d’expliquer

L’un des principes les plus marquants de Thiagi est simple, mais exigeant : si les participants ne sont pas en train d’agir dans les quatre premières minutes, la formation a déjà pris un mauvais départ.

Pour lui, trop expliquer avant de commencer tue le jeu.
L’action immédiate permet de :

  • réduire la peur de se tromper,
  • contourner la résistance intellectuelle,
  • installer un engagement naturel.

Tu n’as pas besoin de tout dire. Au contraire, laisser des zones d’incertitude nourrit la curiosité et donne envie d’aller plus loin.


Le mythe du budget : un jeu pédagogique peut coûter… presque rien

On associe parfois la formation ludique à des outils sophistiqués ou à des dispositifs coûteux. Thiagi défend une vision radicalement différente : un bon jeu pédagogique est simple, frugal et accessible.

Il travaille avec :

  • des feuilles de papier,
  • des doigts pour voter ou compter,
  • des objets trouvés sur place,
  • des dés ordinaires.

Ce minimalisme recentre l’attention sur l’essentiel : la structure de l’activité et la qualité des interactions, pas le matériel.


Jouer pour apprendre, pas juste pour “mettre de l’ambiance”

Ici, Thiagi pose une limite claire. Le jeu n’est pas là pour divertir à tout prix.
Un jeu pédagogique efficace répond à quatre critères fondamentaux :

  1. Factice : le jeu crée un cadre sécurisé, distinct de la réalité.
  2. Contrôlé : des règles structurent volontairement l’action.
  3. Clôturé : le jeu a une fin, un moment de conclusion.
  4. Imprévisibilité : un ingrédient essentiel pour maintenir l’intérêt et l’engagement.

Si le jeu ne sert pas directement l’objectif d’apprentissage, il devient accessoire.
La ludopédagogie, dans cette approche, reste au service du contenu, jamais l’inverse.


S’adapter à son public : mots, cadres… et règles

En formation professionnelle, le mot jeu peut parfois bloquer. Thiagi contourne cet obstacle par ce qu’il appelle le camouflage sémantique.
Le même dispositif peut être présenté comme :

  • une technique d’aide à la décision,
  • une méthode d’analyse collective,
  • un système de simulation.

Le fond ne change pas, seul le cadre rassure.

Autre principe clé : les règles ne sont pas figées.
Si l’énergie baisse ou si le groupe évolue, tu peux ajuster les règles en cours de route. Cette souplesse maintient l’attention et soutient l’engagement.


Équilibrer l’individu et le groupe

Thiagi rappelle qu’un jeu pédagogique efficace repose sur une double attention : le facilitateur observe à la fois les participants individuellement et la dynamique du groupe.

Il n’existe pas de règle universelle. Selon les situations, il peut être nécessaire de :

  • répondre au besoin spécifique d’un participant, même si cela ralentit momentanément le groupe ;
  • ou, au contraire, de laisser de côté une demande individuelle pour permettre au collectif d’avancer.

L’enjeu n’est pas de traiter tout le monde de la même manière, mais de maximiser l’utilité pédagogique de la session.

Thiagi insiste aussi sur l’inclusion des tempéraments. Un bon jeu doit pouvoir convenir aux introvertis comme aux extravertis, en proposant des formes de participation variées : observer, réfléchir, agir, s’exprimer.

C’est cette capacité d’ajustement, au service du groupe et des individus, qui fait la solidité d’un jeu pédagogique.


Le « Game Game » : improviser pour mieux apprendre

Thiagi affirme ne jamais animer deux fois un jeu de la même manière.
Cette logique d’improvisation repose sur une idée forte : le jeu est un cadre vivant, pas un protocole rigide.

Dans certains exemples, il crée des situations narratives à partir de simples dés pour travailler l’expression orale. L’enjeu n’est pas la perfection linguistique, mais la confiance, le rythme et l’aisance.

Le jeu devient alors un moyen puissant de désamorcer la peur de l’erreur, très présente chez les apprenants adultes.


Les jeux-cadres de Thiagi : le socle de ma pratique en formation d’adultes

Si cette approche me parle autant, c’est aussi parce que je suis une grande fan des jeux-cadres de Thiagi. Ce sont eux qui ont profondément structuré ma manière de concevoir et d’animer des formations pour adultes.

Les jeux-cadres ont cette force particulière :
ils ne transmettent pas un contenu clé en main, ils créent un cadre dans lequel l’intelligence collective peut émerger. Ce sont des structures simples, adaptables, qui permettent aux participants de réfléchir ensemble, de confronter leurs points de vue, de tester des hypothèses et de construire du sens à plusieurs.

Dans cette logique, le rôle du formateur change profondément. Il ne s’agit plus d’occuper l’espace par le savoir, mais d’adopter une posture de facilitation de l’apprentissage :

  • poser un cadre clair,
  • lancer la dynamique,
  • observer,
  • ajuster,
  • puis aider le groupe à mettre des mots sur ce qui a été vécu.

C’est aujourd’hui ma méthode clé en formation d’adultes.
Les jeux-cadres me permettent de travailler aussi bien des sujets complexes que des compétences transversales, tout en valorisant l’expérience, les savoirs et les questionnements des participants. Le jeu devient alors un véritable outil de pensée collective, au service des apprentissages.

Si cette approche te parle et que tu as envie d’aller plus loin, j’ai détaillé la méthode de Thiagi dans un article publié dans ma revue LudiLundi.

Le titre — laisser les fous gérer l’asile — est une phrase que Thiagi aime à prononcer lors de ses interventions. Elle traduit une idée clé de la posture : accepter une part de désordre apparent pour permettre l’émergence de véritables apprentissages.

👉 L’article est à lire ici :
https://soniamanginalegriagogia.substack.com/p/laisser-les-fous-gerer-lasile-la

Il complète la vidéo présentée plus haut en apportant une grille de lecture structurée et des repères concrets pour intégrer la ludopédagogie dans des contextes de formation variés.

Conclusion – Oser faire un pas de côté

La ludopédagogie selon Thiagi n’est pas une recette clé en main. Elle invite plutôt à changer de posture : passer du contrôle à la facilitation, de l’explication à l’expérimentation, du plan figé à l’adaptation continue.

En plaçant l’action avant le discours et l’objectif pédagogique avant le simple plaisir de jouer, le jeu retrouve sa fonction première : permettre aux apprenants d’essayer, de se tromper, d’ajuster… et d’apprendre réellement.