Emma, c’est toi. Ou c’est la collègue qui t’a glissé cette question en réunion. Ou le doute que tu as gardé pour toi après avoir entendu parler de « ludopédagogie ».

Est-ce qu’on peut vraiment apprendre en jouant un rôle, sur des sujets sérieux ?

Pour répondre, j’ai lu Jouer un rôle pour apprendre, un ouvrage collectif dirigé par Éric Uyttebrouck et Hervé Barras, qui réunit sept expériences réelles menées dans l’enseignement supérieur. Pas des idées : des dispositifs testés, évalués, analysés. Je te livre leur réponse, dans l’ordre de tes questions.

C’est quoi exactement, le jeu de rôle en formation ?

« Le jeu de rôle de formation propose aux étudiants de se glisser dans la peau d’un personnage réel ou imaginaire pour jouer une scène courte à des fins d’analyse, de résolution de problèmes ou d’entraînement. »

Éric Uyttebrouck et Hervé Barras, Introduction

Mais… ça apprend vraiment quelque chose ?

« Le jeu pousse les étudiants à être actifs et à interagir, favorisant ainsi les apprentissages. »

Stanislas Dehaene (2018), cité par Uyttebrouck et Barras

Quelles compétences ça développe concrètement ?

« Le jeu de rôle permet d’exercer des compétences transversales telles que la communication, la collaboration, la créativité, la prise de décision, ou encore l’esprit critique.»

Hervé Barras et Éric Uyttebrouck, Conclusion

Comment ça se structure, une séance ?

« Le débriefing est ce qui va permettre la décontextualisation et la recontextualisation. C’est ce moment qui permet de pointer les éléments pertinents au regard des acquis d’apprentissage visés. »

Uyttebrouck et Barras, Introduction

Et moi, comment je prépare ça ?

Quatre dimensions à calibrer avant de te lancer :

  1. Complexité : règles, matériel, univers. Commence léger.
  2. Tâche : ce que tu demandes explicitement à l’apprenant de faire.
  3. Planification : qui joue quoi, quand, avec quoi. Au chronomètre.
  4. Apprentissages : quels savoirs sont visés, comment ils seront formalisés.

Et une règle d’or : planifie le débriefing en premier. C’est la seule phase que l’on sacrifie toujours faute de temps.

Et le Maître du Jeu, c’est un rôle pour moi ou pour mes apprenants ?

Nous avons constaté de manière surprenante qu’il était tout à fait envisageable de donner les clés nécessaires pour que des étudiants ou formateurs non initiés soient capables, en peu de temps, de mener des parties. »

Nadia Cohen et Philippe Lépinard, chapitre 7

Et les risques dans tout ça ?

« De prime abord, jouer en classe pourrait en effet véhiculer une image peu sérieuse du travail, a fortiori dans le contexte du supérieur. »

Uyttebrouck et Barras, Conclusion

Emma décide de se lancer. Elle retient cinq choses.

① Commence frugal : une séance, un scénario simple, des règles légères.

② Définis la tâche : ce que l’apprenant doit faire, pas juste qui il incarne.

③ Planifie au chronomètre : et réserve le débriefing en premier.

④ Laisse-les jouer : recule, observe, résiste à l’envie d’intervenir.

⑤ Collecte les erreurs : elles sont la matière première du débriefing.

Pour aller plus loin

📖 Le livre : Uyttebrouck, É., & Barras, H. (dir.). (2026). Jouer un rôle pour apprendre. Collection « Pédagogies en pratique ». Ed. Epistémé. Téléchargeable en pdf en licence Creative Common BY NC ND.

Sur ce blog :Ludopédagogie : 2 guides pour utiliser le jeu de rôle en formation