Ludopédagogie : utiliser le jeu de rôle en formation — synthèse de deux guides
Synthèse de lecture · Formation adultes · Pédagogie active
Je ne suis pas spécialiste du jeu de rôle pédagogique. Mais j'ai lu deux guides très complémentaires sur le sujet, et voici ce que j'en ai retenu, pour toi, formateur·rice curieux·se qui se demande comment la ludopédagogie pourrait nourrir tes séances sans que ça ressemble à du gadget.
Le jeu de rôle en formation évoque souvent deux réactions : l'enthousiasme un peu flou ("ça a l'air sympa !") ou la méfiance professionnelle ("mais est-ce que les apprenants apprennent vraiment quelque chose ?"). Ces deux lectures répondent à cette question de front, et leurs réponses méritent qu'on s'y attarde.
Cet article n'est pas un manuel complet. C'est une invitation à explorer ces ressources, avec les grandes lignes de la méthode pour orienter ta lecture.
1. De quoi parle-t-on exactement ?
Les deux guides ne recouvrent pas tout à fait le même terrain, et c'est utile de le préciser d'emblée.
Le jeu de rôle-simulation est une mise en situation courte (25 à 50 minutes), sans dés ni univers fictif élaboré. C'est le format le plus directement transférable à la formation professionnelle : chaque participant incarne un personnage avec une posture et des enjeux définis, à la manière d'une étude de cas vivante.1
Le jeu de rôle sur table va plus loin, avec un Maître du Jeu (MJ), des fiches de personnage et parfois des dés. Adapté et simplifié à des fins pédagogiques, il s'utilise dans des contextes variés, du primaire au supérieur, de la salle de classe au club.2
Dans les deux cas, l'intention est identique : faire du participant un acteur de son apprentissage, et non un simple récepteur.
En formation adulte, on parlerait d'apprentissage expérientiel, de mise en situation, de développement des compétences comportementales. La ludopédagogie par le jeu de rôle permet d'adresser ces objectifs de façon engageante (à condition de la structurer).
Ce que chaque guide apporte en plus
Guide 1
Mon ptit doigt m'a dit
Format court, intégrable dans n'importe quelle progression
Aucune mécanique de jeu complexe requise
Canevas en 6 étapes immédiatement transposable
Fort accent sur le débriefing comme cœur de l'apprentissage
Adaptable à toutes les disciplines et thématiques de formation
Guide 2
Le petit guide du professeur rôliste
Systèmes de jeu gradués selon le niveau et les objectifs
Exemples concrets par matière et domaine professionnel
Réflexion éthique sur la diversité et l'équité de parole
Fiches de personnage et scénarios prêts à adapter
Format modulable : chaque chapitre se lit indépendamment
2. Un canevas en 5 étapes pour structurer ta séance
Voici l'un des apports les plus concrets de ces lectures : un modèle reproductible, quelle que soit la thématique de ta formation.
La répartition du temps converge vers le même équilibre dans les deux approches :
15–20 %Préparation
50–60 %Jeu
20–30 %Débriefing
Phase de préparation (15–20 % du temps)
1
Fixer les objectifs et le scénario
Avant toute chose, formule ce que tu veux que les participants soient capables de faire à l'issue de la séance. Sans objectif pédagogique clair, le jeu de rôle reste une animation sympathique, mais sans réelle portée formative. La taxonomie de Bloom peut t'aider à calibrer le niveau de complexité attendu.1
2
Préparer les fiches de rôle
Chaque participant reçoit une fiche qui décrit sa posture, ses enjeux, et parfois des informations confidentielles. Les fiches dites « prétirées » (préparées à l'avance) permettent de gagner du temps et de garantir un équilibre entre les rôles.2
Phase de jeu (50–60 % du temps)
3
Définir le cadre et l'ambiance
L'aménagement de la salle compte : une disposition en U ou en îlots favorise les échanges. Cette étape installe aussi un climat de sécurité psychologique, condition indispensable pour que les apprenants osent s'engager pleinement.
4
Lancer et animer les interactions
Le formateur observe, gère le temps de parole et peut, si besoin, utiliser des mécaniques simples (dés, jetons) pour relancer la dynamique. L'enjeu est de laisser vivre l'interaction sans sur-réguler.
Phase de débriefing (20–30 % du temps)
5
Guider la réflexion
C'est le moment où l'expérience vécue devient savoir conscient et transférable. Le débriefing n'est pas une option : c'est le cœur de l'apprentissage.
📌 Exemple tiré du guide
Une simulation de gestion de conflit en management
Un formateur en communication prépare une séance sur la conduite du changement. Il distribue trois fiches de rôle : un manager qui doit annoncer une réorganisation à son équipe, un collaborateur résistant, un collaborateur enthousiaste. Chaque fiche précise les objectifs du personnage et quelques informations confidentielles (contraintes personnelles, historique relationnel).
Pendant 30 minutes, les participants jouent la scène. Le formateur observe sans intervenir et prend des notes sur les stratégies de communication à l'œuvre. Au débriefing, il s'appuie sur ces observations concrètes pour relier ce qui vient de se passer aux apports du cours : écoute active, reformulation, gestion des objections.1
3. Le débriefing : là où tout se joue vraiment
Sans débriefing structuré, le jeu de rôle ne forme pas vraiment. Il divertit, il engage, mais l'apprentissage reste implicite, donc fragile.
Le débriefing remplit trois fonctions complémentaires : transformer l'expérience vécue en savoir conscient et transférable, permettre aux apprenants de s'approprier les notions abordées, et donner au formateur un aperçu du niveau de compréhension du groupe.
Permettre aux participants d'exprimer leurs ressentis à chaud, avant toute analyse.
💬 « Comment vous êtes-vous senti·e dans votre rôle ? »
Étape 2
Analyse descriptive
Reconstruire collectivement ce qui s'est passé : les actions, les stratégies, les tensions.
💬 « Quelles stratégies avez-vous observées durant le jeu ? »
Étape 3
Généralisation conceptuelle
Faire le lien entre l'expérience vécue et les objectifs pédagogiques de la séance.
💬 « Comment cette simulation illustre-t-elle le concept de… ? »
Étape 4
Application et transfert
Explorer comment les leçons apprises peuvent s'appliquer dans d'autres contextes professionnels réels.
💬 « Comment utiliser ces compétences dans votre quotidien professionnel ? »
💡 À retenir : le débriefing représente 20 à 30 % du temps de séance. Ce n'est pas un bonus qu'on cale si le temps le permet : c'est une étape non négociable.
4. Ta posture : devenir un Maître du Jeu Facilitateur
C'est peut-être le changement le plus déstabilisant pour un formateur habitué à animer en frontal : en jeu de rôle, tu n'es plus au centre. Tu deviens un Maître du Jeu Facilitateur (MJ-Facilitateur), à la fois arbitre, narrateur et observateur.2
Concrètement, cela implique trois dispositions :
▶
Savoir s'effacer, ou intervenir au bon moment
Observer sans sur-réguler, mais relancer quand la dynamique s'essouffle. Ce n'est pas du laisser-faire : c'est une présence active et discrète.
▶
Pratiquer l'improvisation bienveillante
Accueillir les propositions inattendues des apprenants avec un « Oui, et… » plutôt qu'un « Non, mais… ». Se donner le droit à l'erreur, et le leur donner aussi.
▶
Gérer l'équité de parole et la sécurité du groupe
Canaliser les profils dominants, valoriser les plus discrets par des rôles adaptés. Établir des règles de respect mutuel dès le début pour permettre une expression libre sans jugement.
5. Par où commencer selon ton profil ?
Ces deux lectures ont été pensées pour des publics différents. Voici comment les utiliser selon là où tu en es.
🌱
Tu démarres de zéro
Commence par le modèle de simulation courte1 : pas de dés, pas de mécaniques complexes, juste un scénario, des fiches de rôle et un débriefing structuré. C'est réaliste pour une séance de 25 à 50 minutes, facile à insérer dans une progression existante.
Guide recommandé → Mon ptit doigt m'a dit
🎲
Tu connais le JDR comme loisir
Tu sais animer un petit groupe volontaire autour d'une table, mais gérer une session de formation, c'est différent. Ce shift fait l'objet d'un traitement précis dans le deuxième guide2 : différence entre groupe volontaire et groupe captif, contraintes horaires, nécessité d'expliciter les objectifs pédagogiques.
Guide recommandé → Le petit guide du professeur rôliste
🔬
Tu pratiques déjà la pédagogie active
Les deux approches se complètent parfaitement. Emprunte au second guide la richesse des univers, des systèmes de jeu et la réflexion sur les compétences socio-émotionnelles2, tout en gardant le canevas en 6 étapes1 comme colonne vertébrale de tes séances régulières.
Les deux guides à combiner
Questions fréquentes
Est-ce que j'ai besoin de connaître les règles de JDR pour me lancer ?
Non. Sur le format jeu de rôle-simulation, on peut se passer entièrement de dés et de mécaniques de jeu.1 Si tu veux aller plus loin progressivement, des systèmes ultra-simples sont proposés par ailleurs, avec des explications pas à pas.2
Comment éviter que la séance parte dans tous les sens ?
Un cadrage clair dès le départ (règles, temps, consignes de rôle) et une posture d'observateur actif sont les deux leviers essentiels.1 Pour les grands groupes, des techniques spécifiques existent : fiches prétirées, systèmes simplifiés, rôles de régulation.2
Comment justifier cette approche auprès de ma hiérarchie ou d'un commanditaire ?
Des arguments solides existent : compétences développées (communication orale, coopération, empathie, prise de décision), ancrage dans une pédagogie active reconnue, caractère structuré et évaluable du dispositif.2 Il est aussi possible de présenter le jeu de rôle comme une variante de la simulation ou de l'étude de cas, des méthodes classiques en formation.1
Combien de temps faut-il pour préparer une séance ?
Le dispositif est chronophage à mettre en place la première fois, et les deux sources le reconnaissent franchement. L'usage de fiches prétirées et la capitalisation d'une séance à l'autre permettent de réduire ce temps. Pour commencer, une simulation courte peut se préparer en 2 à 3 heures.
Envie d'aller plus loin ?
Ces deux guides sont consultables librement en ligne. Ils sont bien plus riches que ce que cette synthèse peut restituer.
Et toi, tu aurais envie de tester quoi en premier ? Un jeu de rôle-simulation sur une thématique de ta prochaine formation, ou plutôt explorer les mécaniques de JDR sur table ? Dis-moi en commentaire 👇
Notes
Jeux de rôle éducatifs : un guide pour les groupes d'enseignants, monptitdoigtmadit.fr. Disponible sur monptitdoigtmadit.fr
Benjamin Martin, Le petit guide du professeur rôliste — Le guide pratique dont vous êtes le héros, juin 2025, licence CC-BY-NC-SA. Disponible sur d1000etd100.com
Infographies réalisées avec NotebookLM à partir des sources ci-dessus.
62 épisodes, des dizaines de ludopédagogues, une seule conviction : le jeu change la formation.
Tu cherches une ressource solide sur le jeu appliqué à la formation ? Un endroit où des praticiens parlent avec honnêteté de ce qui fonctionne, de ce qui surprend, de ce qui transforme ? Le podcast HomoLudens est fait pour toi.
De 2018 à 2021, Matthieu Tassetti a donné le micro à des ludopédagogues, chercheurs, formateurs et coachs qui mobilisent le jeu dans des contextes professionnels. Le résultat : un corpus riche, concret, varié, et totalement gratuit.
1. C’est quoi HomoLudens ?
HomoLudens est un podcast d’entretiens animé par Matthieu Tassetti, consultant et passionné du jeu appliqué. Le titre du podcast est emprunté à l’œuvre du philosophe Johan Huizinga, qui place le jeu au cœur de la culture humaine. Un clin d’œil fondateur.
Le principe est simple : Matthieu invite des personnes qui utilisent le jeu dans leur activité professionnelle et leur laisse la parole. Pas de mise en scène, pas de discours théorique déconnecté. Des retours d’expérience, des outils, des questionnements. Le format interview permet à chaque invité·e d’aller au fond des choses.
À retenir : HomoLudens est disponible gratuitement sur les plateformes d’écoute habituelles et sur le site de Matthieu Tassetti. Les épisodes sont autonomes, tu peux piocher selon tes besoins sans avoir tout écouté dans l’ordre.
Pour qui ? Pourquoi maintenant ?
Ce podcast s’adresse à toi si tu travailles dans la formation, l’enseignement, le coaching ou l’accompagnement, et que tu te poses des questions sur la place du jeu dans ton métier. Pas besoin d’être convaincu·e à l’avance : les épisodes explorent aussi bien les bénéfices que les limites et les écueils à éviter.
Pourquoi s’y intéresser maintenant ? Parce que la ludopédagogie est passée d’une curiosité de niche à une pratique reconnue dans les organisations. Les épisodes d’HomoLudens offrent un ancrage concret, des noms, des méthodes, des références. C’est une cartographie vivante du champ, construite par celles et ceux qui le pratiquent.
Que tu sois débutant·e avec le jeu ou déjà praticien·ne confirmé·e, tu y trouveras des perspectives nouvelles, des outils à tester et des questions qui font réfléchir.
Tableau des 62 épisodes HomoLudens avec thématique, domaine, idées clés et lien
Épisode
Invité·e
Thème
Domaine
Idées clés
Conclusion
HomoLudens est une ressource rare : libre, dense, et portée par des voix de terrain. Que tu sois en train de te former à la ludopédagogie, de convaincre ta hiérarchie, ou simplement de trouver de nouvelles idées, tu y trouveras des perspectives utiles et stimulantes.
La meilleure façon de l’utiliser ? Ne pas tout écouter d’un coup. Choisis un thème qui te parle, écoute un épisode, laisse les idées décanter, et reviens quand tu en as besoin. Le podcast a été conçu pour ça.
Et toi, quel épisode t’a le plus interpellé·e ? Partage-le en commentaire, les échanges font aussi partie de l’apprentissage. 🎲
Quand tu conçois une activité ludopédagogique aujourd’hui, le réflexe est souvent le même : ouvrir un outil d’intelligence artificielle et lui demander de générer un jeu.
Quiz, escape game, scénario pédagogique… quelques secondes suffisent.
Mais une question mérite peut-être d’être posée avant de cliquer :
l’IA est-elle vraiment le bon point de départ pour cette activité ?
C’est pour explorer cette question qu’a été créé La boussole du jeu pédagogiqueaugmenté, une petite application interactive qui permet aux formateurs, enseignants et concepteurs pédagogiques d’obtenir rapidement une orientation sur la place de l’IA dans leur conception.
La boussole du jeu pédagogique augmenté (IA ou pas IA ?)
La boussole du jeu pédagogique augmenté : faut-il “cliquer sur l’IA” ?
Mini-outil ludique pour décider selon ton contexte : IA-first, Hybride ou Humain-first.
Le résultat est une proposition — c’est toi qui choisis.
0/6 réponses
🎲 6 balises pour orienter ta décision
Mode : Boussole
Copié ✅Ctrl/Cmd+C
À quoi sert la Boussole du jeu pédagogique augmenté ?
La boussole du jeu pédagogique augmenté est un outil d’aide à la décision pédagogique.
Il permet de se demander rapidement quelle approche de conception semble la plus adaptée :
IA-first : commencer par générer des idées avec l’IA
hybride : combiner IA et expertise pédagogique
humain-first : concevoir d’abord sans IA
Pour cela, l’application t’invite à te positionner sur quelques dimensions simples :
le temps disponible pour concevoir l’activité
les enjeux pédagogiques
la diversité du public
le niveau de risque ou de sensibilité
le besoin d’originalité
les exigences d’évaluation
À partir de ces éléments, le boussole propose une orientation.
La décision finale reste évidemment la tienne.
L’objectif n’est pas de remplacer l’expertise pédagogique, mais de mettre en lumière certains critères qui influencent nos choix de conception.
Pourquoi prendre quelques minutes avant de générer un jeu pédagogique ?
Les outils d’IA rendent la création d’activités pédagogiques extrêmement rapide.
Cette facilité peut parfois encourager un réflexe : générer avant d’avoir vraiment analysé le contexte pédagogique.
La boussole du jeu pédagogique augmentépropose simplement une petite pause.
En quelques minutes, il permet de vérifier si l’IA est réellement le bon point de départ… ou si une autre approche serait plus pertinente.
L’idée est simple : faire de cette réflexion un réflexe rapide, au moment précis où le doigt commence à te démanger pour cliquer sur un générateur d’activités.
Comment cette application a été créée
La boussole du jeu pédagogique augmenté est né d’une expérimentation de création avec l’IA.
L’objectif initial était de tester si une IA pouvait produire un petit outil ludopédagogique directement intégrable dans un article.
En quelques échanges, l’IA a généré une application web autonome en :
HTML
CSS
JavaScript
L’application fonctionne entièrement dans le navigateur et n’utilise pas d’IA lors de son utilisation.
Autrement dit, l’IA a servi à concevoir l’outil, mais l’outil lui-même ne repose pas sur l’IA.
Dans un parcours d’usage plus large, cette boussole peut constituer une première étape avant l’écriture d’un prompt.
Dans quels contextes utiliser la boussole ?
Même s’il est très simple, cet outil peut trouver sa place dans différents contextes professionnels :
formations de formateurs
ateliers d’ingénierie pédagogique
discussions d’équipe sur l’usage de l’IA en formation
communautés de pratique
L’application peut servir de point de départ pour une discussion.
Deux concepteurs pédagogiques travaillant sur le même dispositif peuvent obtenir des orientations différentes. C’est souvent l’occasion d’expliciter les critères qui orientent leurs choix de conception.
Les limites de l’outil
La boussole du jeu pédagogique augmenté reste volontairement simple.
Il est issu d’une expérimentation, et non d’une recherche approfondie sur la conception pédagogique avec l’IA. Les critères proposés et leur pondération n’ont pas fait l’objet d’une validation empirique.
Par ailleurs, au moment de la génération de l’application, il n’y a pas eu de contrôle exhaustif des contenus mobilisés par l’IA. Comme souvent avec les systèmes génératifs, le modèle produit une synthèse plausible à partir des connaissances issues de son entraînement.
L’outil doit donc être considéré comme un support de réflexion, pas comme un outil de diagnostic.
La boussole du jeu pédagogique augmenté n’est pas un produit fini : plusieurs améliorations peuvent y être apportées, de forme comme de fond. Tes propositions seront les bienvenues.
Un petit artefact pour remettre la décision pédagogique au centre
La boussole du jeu pédagogique augmentén’est ni une méthode d’ingénierie pédagogique ni un modèle scientifique.
C’est un petit artefact, né d’une expérimentation.
Mais il peut avoir une utilité concrète : t’aider à prendre un peu de recul avant de générer un jeu pédagogique avec l’IA.
Parfois, cela confirmera ton intuition. Parfois, cela t’amènera à envisager une autre approche.
Dans tous les cas, cela remet la décision pédagogique au cœur du processus.
Prolonger la réflexion
Cette application est née dans le contexte de rédaction d’un article plus complet, t’invitant à explorer la génération de jeux pédagogiques avec l’IA
Tu utilises déjà la ludopédagogieen formation ? Ou tu envisages d’intégrer un dispositif ludique dans un parcours de formation d’adultes ?
Avant de choisir un jeu (ou d’en concevoir un), une question essentielle se pose :
👉 Sert-il réellement ton objectif pédagogique ?
La méthode #OpenSeriousFilters, conçue par Alexandre Quach, propose un cadre structuré pour analyser, sélectionner ou améliorer un jeu sérieux pédagogique.
C’est un outil simple, collaboratif et puissant pour sécuriser tes choix en ingénierie pédagogique.
Un jeu sérieux pédagogique : quelle intention en formation d’adultes ?
Un jeu sérieux pédagogique ne se limite pas à créer de l’interaction.
Son intention doit être clairement formulée :
développer une compétence,
favoriser l’analyse,
entraîner à la prise de décision,
faire évoluer des pratiques professionnelles.
Prenons exemple sur #OpenSeriousFilter. Son objectif est d’apprendre à décider du choix d’un jeu sérieux (ou de ne pas en utiliser), de comprendre les résistances possibles et de partager les usages.
👉 L’intention est donc bien pédagogique.
En formation d’adultes, cela change tout : on ne joue pas pour jouer. On joue pour apprendre, transférer, transformer.
Les 7 filtres : un outil pour choisir un jeu sérieux en formation
Les 7 filtres sont présentés sous forme de cartes-question.
Durée : environ 1h30 à 2h pour une exploration complète Public cible : professionnels déjà familiers des jeux sérieux
Tu choisis un jeu sérieux pédagogique (réel ou en projet). Puis tu explores chaque filtre avec ton équipe.
Pas de compétition. Pas de score. Uniquement une réflexion structurée.
Les 7 filtres expliqués pour la formation d’adultes
Voici comment les utiliser concrètement.
1️⃣ Définir les objectifs pédagogiques
Quel problème de formation justifie ce jeu ?
Quelle compétence adulte est visée ?
Dans quels cas ne faut-il pas l’utiliser ?
En formation d’adultes, la clarté de l’objectif est déterminante.
2️⃣ Clarifier les compétences mobilisées
Analyse ?
Coopération ?
Décision ?
Argumentation ?
Ce filtre t’aide à aligner le jeu sérieux pédagogique avec ton référentiel de compétences.
3️⃣ Examiner le transfert vers la réalité professionnelle
Quelles similarités avec le terrain ?
Les comportements travaillés sont-ils transférables ?
Le débrief permet-il d’expliciter les apprentissages ?
En formation d’adultes, le transfert est central.
4️⃣ Évaluer le coût de préparation
Temps nécessaire
Taille idéale du groupe
Prérequis
Variantes possibles
Un jeu sérieux en formation doit rester viable dans ton contexte.
5️⃣ Anticiper les conditions de séance
Risques de résistance ?
Freins à la participation ?
Ajustements possibles ?
Les adultes arrivent avec une expérience, des croyances, parfois des réticences.
Ce filtre te permet de les anticiper.
6️⃣ Prévoir le débrief et le suivi
Un jeu sérieux pédagogique sans débrief structuré perd de sa puissance.
Questions clés :
Comment ancrer les apprentissages ?
Comment mesurer l’évolution ?
Quelles suites pédagogiques prévoir ?
7️⃣ Optimiser l’engagement
Un jeu sérieux en formation doit être exigeant… sans perdre l’énergie.
Qu’est-ce qui rend l’activité engageante ?
Pour quels profils fonctionne-t-elle le mieux ?
Comment ajuster l’équilibre entre ludique et apprentissage ?
Pourquoi utiliser les 7 filtres en ingénierie de formation ?
Parce que cet outil permet :
de sécuriser le choix d’un jeu sérieux pédagogique,
d’améliorer un dispositif existant,
d’éviter l’effet “animation sympa mais creuse”,
de structurer la conception d’une formation ludique,
de prendre une décision pédagogique argumentée.
Et parfois, la conclusion sera simple :
👉 Ce module ne nécessite pas de jeu sérieux.
Et c’est une décision tout aussi professionnelle.
Comment l’intégrer dans ta pratique de formateur ?
Tu peux utiliser les 7 filtres :
en formation de formateurs,
en réunion d’équipe pédagogique,
en conception de module,
en analyse post-session,
en amélioration continue.
C’est un outil qui structure la réflexion collective et affine ta posture d’ingénierie pédagogique.
Une ressource libre d’utilisation
Le jeu #OpenSeriousFilters est proposé sous licence Creative Commons Zero (CC0), ce qui signifie que tu peux l’utiliser, l’adapter et le partager librement dans tes dispositifs de formation
Pour un formateur ou une équipe pédagogique, c’est un vrai avantage :
pas de contrainte de licence,
possibilité d’adapter les cartes à ton contexte,
intégration facile dans une formation d’adultes,
réutilisation en formation de formateurs.
Tu peux donc t’en servir comme outil d’analyse, de conception ou d’amélioration… en toute liberté.
En résumé
Si tu conçois des parcours en formation d’adultes si tu utilises un jeu sérieux pédagogique si tu veux choisir un jeu sérieux en formation avec discernement
Les 7 filtres constituent une ressource claire et opérationnelle .
Ils ne donnent pas “la bonne réponse”. Ils t’aident à poser les bonnes questions.
Et en pédagogie, c’est souvent là que tout commence.
Et si, au lieu de t’expliquer pourquoi le jeu forme, je t’invitais à découvrir comment, dans les pas de Lisa K. Forbes ?
Dans une étude menée auprès d’étudiants de master, Forbes montre que le jeu ne constitue pas un simple supplément agréable. Il déclenche un enchaînement structuré : une attitude ludique favorise un climat de sécurité, qui réduit les barrières à l’apprentissage, active des émotions positives, installe une posture d’engagement… et conduit à des apprentissages plus profonds et durables.
Autrement dit, l’apprentissage par le jeu repose sur un processus identifiable, cohérent et reproductible.
Dans cet article, tu vas découvrir :
les 6 étapes du modèle de Lisa K. Forbes
le rôle central de l’attitude du formateur ou de la formatrice
comment la pédagogie ludique agit concrètement sur la motivation et l’engagement
des exemples applicables à tes propres formations
L’objectif n’est pas de débattre pour savoir si le jeu est sérieux. Il est de comprendre comment le ludique soutient l’apprentissage, étape après étape.
Étape 1 – Adopter une attitude ludique
Dans ce processus, tout commence par un geste apparemment minuscule : ton attitude. Je commence toujours mes séances de formation par un sourire. Le sourire a cet effet presque magique de provoquer un sourire en retour, de détendre les visages, de dire sans mots : « Tu es le bienvenu ici, on va faire quelque chose de sérieux… mais on a le droit d’y prendre du plaisir. » C’est déjà une attitude ludique : une manière de te présenter comme formateur ou formatrice accessible, humain·e, prêt·e à partager un moment, pas seulement à délivrer un contenu.
Tu peux t’appuyer sur cette idée pour questionner ta propre posture :
À quoi ressemble mon visage quand les apprenants entrent dans la salle ?
Est‑ce que je laisse transparaître le plaisir que j’ai à être là avec eux ?
Quel « premier signal » je donne : tension ou disponibilité, distance ou curiosité ?
Ce sourire répété, cette attitude ouverte, deviennent le socle sur lequel les apprenants vont se sentir assez en confiance pour entrer vraiment dans le jeu… et dans l’apprentissage.
Étape 2 – Installer une sécurité relationnelle
Ton sourire ouvre une sécurité relationnelle qu’il convient de prolonger. À partir de là, tout l’enjeu est de faire sentir aux apprenants qu’ils entrent dans un environnement chaleureux et humaniste, où chacun a une place, où l’on appartient à une communauté plutôt qu’à un simple groupe anonyme. Cette sécurité, c’est ce qui permet à la confiance de s’installer : confiance en toi comme formateur ou formatrice, mais aussi confiance dans le groupe et en sa propre légitimité à participer.
Une façon très concrète de nourrir ce sentiment d’appartenance est de visualiser le groupe comme un réseau vivant, et pas seulement comme une liste de prénoms. L’activité « réseau social de papier » s’y prête très bien : chaque participant crée une petite « fiche profil » (comme sur un réseau social), la colle sur une grande feuille, puis trace des liens vers les personnes qu’il connaît déjà ou avec qui il se sent en lien. En quelques minutes, le mur se transforme en carte des relations : on voit apparaître des connexions, des points communs, des personnes‑ponts. Chacun se voit relié aux autres, ce qui renforce très concrètement le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance dans le collectif.
Étape 3 – Faire tomber les barrières à l’apprentissage
Même dans un cadre chaleureux et sécurisant, beaucoup d’apprenants arrivent avec leurs propres barrières : peur de se tromper, crainte d’être jugés par le groupe, impression de « ne pas être au niveau », fatigue mentale… Le ludique va t’aider ici à desserrer ces freins, doucement, en faisant passer le groupe d’un mode « défense » à un mode « exploration ». L’idée n’est pas de nier ces barrières, mais de les rendre moins intimidantes, plus partageables, presque « jouables ». Par exemple déplacer le regard : au lieu de se focaliser sur « ce qui pourrait rater », tu les aides à se demander « qu’est‑ce que je m’autorise pour réussir ? ».
Cette question n’a de sens que parce qu’un cadre sécurisant a d’abord été posé et validé avec le groupe, voire même co-construit avec lui.
Étape 4 – Activer les émotions positives et la motivation
Quand les barrières tombent, le ludique peut vraiment jouer son rôle de carburant émotionnel. À cette étape, il s’agit de faire naître des émotions positives -plaisir, curiosité, fierté, enthousiasme – qui donnent envie aux apprenants d’être là, de participer, de persévérer. Ce n’est pas « faire du fun pour faire du fun », c’est créer des petits moments de joie partagée qui rendent l’effort d’apprentissage plus accessible.
Tu peux viser des micro‑moments très simples : un éclat de rire collectif, un défi relevé ensemble, la satisfaction de réussir une énigme. Ces émotions positives nourrissent la motivation intrinsèque : on n’agit plus seulement pour la note, la certification ou le regard du formateur, mais parce qu’on a envie de jouer le jeu de l’activité et de comprendre ce qu’elle permet de découvrir.
Étape 5 – Installer une posture d’engagement
C’est là que tu commences à observer l’engagement. Plusieurs indices te le prouvent : les apprenants posent des questions pour comprendre, réagissent entre eux, proposent des idées, acceptent de se lancer dans une activité même s’ils ne sont pas totalement à l’aise. Ils ne « consomment » plus la formation, ils y prennent part.
Dans la logique du modèle de Lisa K. Forbes, cet engagement n’est pas qu’une participation plus fréquente : il est qualitatif. Les apprenants mobilisent plusieurs façons d’apprendre (parler, écrire, réfléchir en groupe, imaginer des situations, parfois jouer une scène), ce qui active différents circuits d’apprentissage. Ils prennent de petits risques (partager une idée incomplète, tester une nouvelle façon de faire), restent ouverts aux retours, ajustent, reviennent essayer. Le ludique sert de cadre protecteur pour expérimenter tout cela sans que l’erreur ponctuelle remette en cause leur valeur ou leur légitimité.
Étape 6 – Ancrer des apprentissages plus profonds
C’est ici que le processus se concrétise. Tout ce que tu as mis en place se traduit enfin en apprentissages plus profonds : les apprenants comprennent mieux, mémorisent plus longtemps et transfèrent plus facilement ce qu’ils ont vécu dans leurs contextes réels. Ils ne gardent pas seulement le souvenir d’un « bon moment », mais celui d’expériences qui leur servent de repères pour agir.
Tu le repères quand ils sont capables de reformuler une notion avec leurs mots, de l’illustrer par un exemple de terrain, ou de s’appuyer dessus pour résoudre une nouvelle situation, parfois bien après la formation. Le ludique agit alors comme un ancrage : l’expérience marquante, l’émotion, la situation jouée deviennent des repères sur lesquels viennent se rattacher les concepts. C’est exactement ce que décrit le modèle de Forbes : un chemin où le jeu n’est pas à côté de l’apprentissage, mais au service de sa profondeur.
Un coup d’œil au processus complet
À ce stade, tu as découvert chaque marche séparément ; il est temps de les rassembler pour voir comment elles s’enchaînent. Le schéma du processus d’apprentissage ludique permet justement de visualiser ce chemin vertueux, de ton attitude jusqu’aux apprentissages profonds. Il t’aide à repérer où tu agis déjà… et où tu peux encore renforcer ton approche.
Dans ce schéma, chaque étape nourrit la suivante :
Ton attitude ludique ouvre la porte.
Elle soutient une sécurité relationnelle où chacun se sent à sa place.
Ce cadre sécurisant autorise le droit à l’erreur et la reconnaissance de ses limites.
Le ludique active alors des émotions positives et une motivation plus profonde.
Tout cela installe une posture d’engagement où les apprenants osent expérimenter.
L’ensemble se concrétise en apprentissages plus profonds et durables.
Si tu as envie de creuser au‑delà de cette première exploration du processus d’apprentissage ludique, tu peux t’appuyer sur quelques ressources clés :
FORBES, Lisa K., 2021. « The Process of Play in Learning in Higher Education: A Phenomenological Study ». Journal of Teaching and Learning, vol. 15, n° 1, p. 57‑73. L’article de base qui inspire tout ce parcours : Forbes y décrit finement le vécu des étudiants, les étapes du processus (sécurité, barrières, émotions, engagement, apprentissages) et donne de nombreux verbatims. Lien : https://files.eric.ed.gov/fulltext/EJ1303477.pdf
FORBES, Lisa K. et THOMAS, David, 2022. Professors at Play PlayBook : Real-world Techniques from a More Playful Higher Education Classroom. Pittsburgh : ETC Press, Carnegie Mellon University. Un ouvrage très concret, rempli d’exemples d’activités ludiques, de retours d’expérience et d’outils pour rendre tes cours plus joueurs sans perdre en exigence. Lien : https://professorsatplay.org/playbook/