T’ait-il déjà arrivé d’avoir un grand trou de mémoire pour un sujet que tu connaissais parfaitement il y a plusieurs années ?
C’est ce qui m’est arrivé il y a quelques mois. Une rencontre avec l’archiviste qui me remplace dans le poste que j’ai quitté depuis plus d’un an.
Pourtant, j’ai exercé pendant plus de 20 ans en tant qu’archiviste. Mais là, quand Clarisse me questionnait sur mon expérience , je cherchais mes idées comme mon vocabulaire. Les connexions existaient encore, quelque part. Mais l’accès était devenu difficile.
C’est que cela faisait plusieurs centaines de jours que je les utilisais plus au quotidien.
Cette expérience illustre mieux que n’importe quel schéma ce que vivent tes apprenants entre deux séances de formation. Et elle soulève une question essentielle pour tout formateur.ice : comment s’assurer que ce qui a été appris reste accessible, longtemps après la formation ?
Pourquoi tes apprenants oublient-ils si vite entre deux séances ?
La réponse se trouve dans la courbe de l’oubli, formalisée par Hermann Ebbinghaus à la fin du XIXe siècle. Sans réactivation, une information apprise peut perdre une grande partie de son accessibilité en quelques jours seulement.
Ce phénomène s’explique par la façon dont le cerveau priorise les ressources. Une information non sollicitée est progressivement mise en veille au profit d’informations plus récentes ou plus fréquemment activées.
Stanislas Dehaene, neuropsychologue et professeur au Collège de France, identifie la consolidation comme le quatrième pilier de l’apprentissage. Il insiste sur la nécessité d’une répétition espacée et diversifiée pour ancrer les savoirs dans la durée. Ce n’est pas la quantité d’informations transmises qui compte, c’est la fréquence à laquelle elles sont retrouvées.

Pour les formateur.ice.s qui travaillent en parcours multi-séances, cela change tout. L’enjeu n’est plus seulement de bien enseigner pendant la séance. Il est de concevoir des jalons de réactivation entre les séances.
Comment la réactivation consolide les apprentissages ?
Bonne nouvelle : le cerveau qui oublie est aussi le cerveau qui peut consolider. Le mécanisme fonctionne dans les deux sens. Et c’est là que les travaux de Steve Masson, chercheur en neuroéducation, donnent une clé de lecture précieuse.
Masson part d’un principe fondamental : apprendre, c’est modifier physiquement son cerveau. Chaque apprentissage crée une connexion neuronale, un sillo, fragile au départ. Sans sollicitation, ce sillon s’efface progressivement, comme le décrit la courbe d’Ebbinghaus. Avec de la réactivation, chaque effort de récupération le creuse un peu plus, jusqu’à ce qu’il devienne automatique et robuste.

Ce que ce schéma révèle pour la pratique, c’est que répéter n’est pas une méthode archaïque. C’est une nécessité biologique. Mais, et c’est le point décisif, toutes les répétitions ne se valent pas. Relire ses notes, réécouter un enregistrement, revoir un diaporama : ces activités passives ne creusent pas le sillon. C’est l’effort de récupération active, le fait de chercher l’information dans sa mémoire sans filet, qui produit l’effet de consolidation.
Pour toi, formateur.ice, cela signifie une chose concrète : ce ne sont pas les jalons de contenu qui ancrent les savoirs, ce sont les jalons de récupération. La question à se poser dès la conception d’un parcours n’est plus seulement « qu’est-ce que je vais leur apprendre ? » mais « à quel moment vais-je les amener à aller chercher dans leur tête ? »
La récupération en mémoire est l’une des plus efficaces méthodes, documentée scientifiquement, qui favorise la consolidation.
Comment la ludopédagogie soutient-elle la réactivation des apprentissages ?
La ludopédagogie n’est pas uniquement un moyen de rendre la formation plus agréable. Elle est un levier neuropédagogique efficace pour favoriser la réactivation, précisément parce qu’elle agit sur les quatre piliers de l’apprentissage de Dehaene.
L’attention : une activité ludique mobilise l’attention de façon active et prolongée, là où un exposé passif la laisse décroître après quelques minutes.
L’engagement actif : jouer, résoudre une énigme, relever un défi implique un effort cognitif réel. Cet effort est exactement ce dont le cerveau a besoin pour consolider une connexion neuronale.
La rétroaction : le jeu offre un cadre où l’erreur est possible, observable et corrigeable immédiatement. Cette boucle de feedback favorise l’ancrage mémoriel.
La consolidation : une activité ludique crée un contexte émotionnel positif. Or les émotions agréables favorisent la mémorisation en stimulant la libération de dopamine, l’hormone du plaisir, qui renforce les traces mémorielles.
Réactiver des apprentissages avec une activité ludique, c’est donc bien plus qu’un habillage pédagogique. C’est une stratégie validée par la neuroéducation.
5 moments pour intégrer la réactivation dans ton parcours de formation
La réactivation ne s’improvise pas. Elle se conçoit. Voici cinq moments stratégiques à intégrer dans ton scénario pédagogique.
1. Avant la séance suivante : réactiver à distance
C’est le moment le plus souvent négligé, et pourtant le plus décisif. Entre deux séances, les apprenants sont seuls. Sans sollicitation, les sentiers neuronaux s’embroussaillent.
Des outils simples permettent de maintenir le lien : flashcards en autonomie, quiz en ligne, mission courte à réaliser dans son contexte professionnel. Ces micro-activités n’ont pas besoin d’être longues. Elles ont besoin d’exister.
2. En tout début de séance : retrouver le fil
Les dix premières minutes d’une nouvelle séance sont précieuses. Avant d’introduire quoi que ce soit de nouveau, il est utile de solliciter ce qui a été appris précédemment. La Matrice de la mémoire, les Flashcards, la Course de chevaux ou un simple Billet d’entrée permettent à chaque apprenant de retrouver ses repères et de synchroniser le groupe.
L’objectif n’est pas d’évaluer. C’est de rouvrir le sentier avant d’aller plus loin.
3. Pendant la séance : des micro-réactivations intégrées
Des activités courtes, insérées au fil de la séance, permettent de consolider ce qui vient d’être découvert avant de passer à la suite. Les courses en 9’47 », la co-construction d’un quiz par les apprenants eux-mêmes, ou encore une mise en situation rapide sont autant de façons d’ancrer les contenus au moment où le cerveau est encore en mode apprentissage.
4. En fin de séance : consolider avant de partir
Partir sans récapituler, c’est laisser le sentier à peine tracé. Un billet de sortie, une activité de synthèse en trois mots-clés ou un défi à relever avant la prochaine séance transforment la fin de session en point de départ pour la réactivation suivante.
5. Après la séance : entretenir ce qui a été construit
La formation est terminée. Les apprenants sont de retour dans leur quotidien professionnel. Et les sillons neuronaux, sans sollicitation, commencent à s’effacer à nouveau. C’est le moment le plus souvent laissé sans dispositif, et pourtant celui où l’enjeu est le plus fort : ancrer durablement des apprentissages dans un contexte réel.
Quelques semaines après la dernière séance, un simple rappel suffit à relancer la consolidation. Une question envoyée par mail, un défi court à réaliser en situation professionnelle, un retour d’expérience à partager dans un espace commun.
Ce cinquième moment est aussi celui qui distingue une formation qui laisse une trace de celle qui n’en laisse pas. Prévoir la réactivation post-formation, c’est assumer que ton rôle de formateur.ice ne s’arrête pas à la dernière minute de la formation.

Le cahier de vacances pédagogique : un outil de réactivation à (re)découvrir
Parmi les outils de réactivation asynchrone, le cahier de vacances pédagogique occupe une place particulière. Inspiré du classique de notre enfance, il est adapté ici au contexte de la formation d’adultes pour permettre aux apprenants de réviser et de pratiquer les acquis à leur rythme, entre deux séances.
Ce qu’il apporte, concrètement :
Il renforce les connexions neuronales créées en formation sans recréer la pression du contexte formel. Il stimule la réflexion et la logique au travers d’activités variées : mots-croisés, paires, énigmes, frise chronologique, devinettes. Il offre une continuité pédagogique que l’apprenant peut s’approprier de façon autonome. Et il prépare un retour en séance plus serein, parce que les apprentissages sont restés accessibles.
Pour le formateur.ice, c’est aussi un formidable levier de valorisation du plaisir d’apprendre. On sort du schéma « cours à mémoriser » pour entrer dans « je joue et je retiens ».

Tu veux créer ton propre cahier de vacances pédagogique ?
C’est exactement ce que je propose dans ma prochaine form’action dédiée. Tu repartiras avec un cahier conçu pas à pas, adapté à ton domaine de formation, avec les outils pour le diffuser à tes apprenants.
Questions fréquentes sur la réactivation des apprentissages
Quelle est la différence entre réactivation et révision ? La révision consiste à relire ou réécouter des contenus de façon passive. La réactivation consiste à aller chercher l’information dans sa mémoire, sans support. C’est cet effort de récupération qui renforce durablement les connexions neuronales. La réactivation est donc bien plus efficace que la révision pour l’ancrage à long terme.
À quelle fréquence faut-il réactiver les apprentissages ? Les recherches en neuropédagogie recommandent une répétition espacée : réactiver peu après l’apprentissage (J+1 ou J+2), puis à intervalles croissants (J+7, J+21, J+60). En formation continue, l’idéal est de prévoir au moins un moment de réactivation entre chaque séance et un second en tout début de séance suivante.
La ludopédagogie est-elle vraiment efficace pour la mémorisation ? Oui, à condition que l’activité ludique implique un effort cognitif réel, qu’elle soit suivie d’un feedback et qu’elle soit ancrée dans les contenus de la formation. Une activité purement récréative sans lien pédagogique n’ancre pas les savoirs. Une activité ludopédagogique bien conçue, si.
Le cahier de vacances pédagogique fonctionne-t-il avec des adultes ? Absolument. Le format crée une rupture positive avec le cadre habituel de la formation. Il invite à apprendre sans pression, à son rythme, dans un contexte décontracté. En formation continue, c’est souvent précisément ce dont les apprenants ont besoin entre deux séances denses.
Comment créer un cahier de vacances pédagogique pour ma formation ? Tu peux le créer avec des outils numériques accessibles comme La Digitale, Canva, LearningApps ou Wooclap, selon les activités que tu souhaites proposer. La clé est d’identifier les savoirs essentiels à réactiver, de choisir des formats variés et de prévoir un feedback pour chaque activité. C’est le coeur de la form’action que je propose : tu repars avec ton cahier finalisé.
En résumé
La réactivation des apprentissages n’est pas un bonus pédagogique. C’est une condition de l’ancrage mémoriel durable, validée par la neuropédagogie. Entre deux séances, tes apprenants oublient, parce que l’accès aux connexions neuronales se complique sans sollicitation. La bonne nouvelle : quelques jalons bien placés dans ton parcours suffisent à maintenir ces connexions vivantes.
Et avec la ludopédagogie, ces jalons deviennent des moments que tes apprenants attendent, plutôt que des exercices qu’ils subissent.
Tu veux aller plus loin ? Découvre la form’action Cahier de vacances pédagogique et crée le tien pas à pas.